L’Art de l’Islam Broché langage et signification – Titus Burckhardt

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Pris dans son sens strict, l’ésotérisme désigne la partie la plus «intérieure» d’une religion, le domaine où s’organise sa recherche du secret de la réalité, de l’homme et du divin. L’ésotérisme musulman trouve sa source dans le Coran même, où la dualité d’Allah, Dieu apparent et caché, autorise la voie mystique. Comme la kabbale juive, le soufisme relève de cette quête de l’Absolu. Coeur spirituel de l’islam, il est le «noyau» essentiel transmis dès l’origine pour fonder et vivifier le reste de l’édifice musulman. Avec Hallaj, Al-Ghazâli, Attar ou Ibn’Arabi, le soufisme a donné à la civilisation islamique certains de ses plus fascinants représentants que ce soit en terme de philosophie, de poésie ou surtout d’accomplissement humain. Bravant la diversité des croyances, le soufisme développe une vision universaliste des religions, fondée sur l’amour, et oeuvre comme un passeur culturel et spirituel entre Orient et Occident. Introduction à l’étude de la doctrine soufie, l’ouvrage de Titus Burckhardt entend contribuer aux efforts de ceux qui, dans le monde moderne, cherchent à comprendre les vérités permanentes et universelles dont toute doctrine sacrée est un mode d’expression.Titus Burckhardt a consacré toute sa vie à l’étude et à l’expo­sition des différents aspects de la Sagesse et de la Tradition. Il a publié, entre autres, L’art de l’Islam, Sindbad, 1985 et Principes et méthodes de l’art sacré, Dervy, 1995.Extrait du livre :Le présent travail est une introduction à l’étude de la doctrine soufique. Mais il nous importe avant tout de définir le point de vue selon lequel nous abordons ce sujet : ce point de vue n’est pas celui de l’érudition pure et simple, quel que puisse être l’intérêt scientifique des résumés doctrinaux qui figurent dans cette étude ; nous entendons surtout contribuer aux efforts de ceux qui, dans le monde moderne, cherchent à comprendre les vérités permanentes et universelles dont toute doctrine sacrée est un mode d’expression.Disons d’emblée que la science académique n’est qu’une aide tout à fait secondaire et très indirecte pour s’assimiler le contenu intellectuel des doctrines orien­tales, et ce n’est d’ailleurs pas là le but d’une méthode scientifique, qui aborde nécessairement les choses de l’extérieur, donc sous leur aspect purement historique et contingent. Il y a des doctrines qui ne se comprennent que «de l’intérieur», par un travail d’assimilation ou de pénétration dont les modalités, qui sont essentiellement intellectuelles, dépassent par là même la pensée discursive ; celle-ci devient même un obstacle dans la mesure où elle est empreinte de conventions mentales, sans parler des préjugés agnostiques et évolutionnistes qui déterminent l’esprit de la majorité des Occidentaux. C’est pour cette raison que presque tous les érudits européens qui ont étudié le Soufisme se méprennent sur sa position véritable : l’homme de culture moderne, en effet, n’est plus habitué à penser en symboles. Ainsi, les investigations modernes ne peuvent pas distinguer ce qui, dans deux expressions traditionnelles analogues, tient à la forme extérieure et ce qui en constitue l’élément essentiel ; par là même les érudits sont portés à voir des emprunts d’une forme traditionnelle à l’autre quand il n’y a qu’une coïncidence de vues spirituelles, et des divergences fondamentales là où n’intervient qu’une différence de perspectives ou de modalités d’expression. De telles confusions doivent se produire fatalement, puisque la formation universitaire et le savoir livresque autorisent ici à s’occuper de choses qui, en Orient, restent naturellement réservées à ceux qui sont doués d’intuition spirituelle et qui se consacrent à l’étude de ces choses en vertu d’une affinité réelle et sous la direction des héritiers d’une tradition vivante.

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